Éditorial

Soutenir la recherche en pharmacie d’établissement de santé : un travail d’équipe

Matthew Hung1,2, Pharm.D., M.Sc., Nathalie Marceau3, B.Pharm., M.Sc.

1Conseiller aux affaires professionnelles, Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec, Montréal (Québec) Canada;
2Pharmacien, Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Montréal (Québec) Canada;
3Pharmacienne et directrice générale adjointe, Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec, Montréal (Québec) Canada

Soumis le 21 mai 2025; Accepté après révision le 26 mai 2025

DOI: https://doi.org/10.63209/2025.1597

La pratique de la pharmacie d’établissement s’articule autour de cinq axes, soit les soins pharmaceutiques, les services pharmaceutiques, la formation et l’enseignement, la recherche ainsi que les affaires professionnelles. Pour favoriser l’avancement de la pratique, chacun de ces axes doit bénéficier des efforts et des ressources nécessaires à son développement. Cependant, la recherche est, pour plusieurs, l’un des axes qui gagnerait à être davantage soutenu.

L’état de la recherche en pharmacie d’établissement varie, entre autres, selon le type de recherche effectuée. En 2023, plus de la moitié des chefs de départements de pharmacie du Québec ayant rempli un sondage à ce sujet ont déclaré avoir un pharmacien gestionnaire responsable d’encadrer la recherche clinique et évaluative dans leur établissement1. Dans une deuxième enquête, réalisée également auprès des chefs en 2023, environ 80 % des répondants affirmaient mener des activités de recherche évaluative ou de service pharmaceutique de soutien à la recherche (SPSR)2. Une enquête réalisée par l’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec (A.P.E.S.) en 2016 a montré que près de 70 % des départements de pharmacie sondés participaient soit à des activités de recherche clinique ou évaluative, soit au SPSR3. Ces résultats peuvent refléter, en partie, l’engagement des pharmaciens dans la supervision des projets de recherche des résidents en pharmacie. Pendant leur parcours à la maîtrise en pharmacothérapie avancée, les résidents apprennent des principes de méthodologie et d’épidémiologie, ce qui les outille pour s’impliquer en recherche. D’ailleurs, les établissements affiliés à une université se doivent de réaliser des activités de recherche et de procéder à l’évaluation des technologies et des modes d’intervention en vertu de leur désignation universitaire4.

La littérature soulève plusieurs enjeux liés à l’engagement du pharmacien d’établissement en recherche. Ces obstacles s’alignent avec ceux décrits dans l’article de Gaudreau et coll., publié dans ce numéro, et également avec ceux vécus par les pharmaciens dans leur pratique5. Financement insuffisant, peu de temps voué à la recherche, absence de soutien dans la réalisation des travaux de recherche et manque d’effectifs sont parmi les éléments relevés par des pharmaciens au Québec, au Canada et à l’étranger3,6,7.

L’A.P.E.S. est sensible à ces enjeux et poursuit sa mission de faire avancer la pratique de la pharmacie d’établissement selon ses cinq axes, dont la recherche. Depuis 2022, l’Association offre une bourse pour les pharmaciens novices en recherche, celle-ci répondant, par ailleurs, à plusieurs des besoins identifiés par l’enquête de Gaudreau et coll5. Dans le cadre de cette bourse, en plus de fournir un soutien financier, l’A.P.E.S. exige l’engagement du chef du département de pharmacie à prévoir un nombre d’heures suffisant à la réalisation du projet de recherche. Une forme de mentorat avec un chercheur d’expérience y est aussi prévue afin de favoriser le transfert des connaissances. La bourse connaît un succès et a notamment permis à ses premières récipiendaires de publier les résultats de leur étude dans une revue scientifique reconnue8. D’autres projets en cours de réalisation devraient, à leur tour, contribuer à susciter une plus grande implication des pharmaciens en matière de recherche.

Au-delà de son programme de bourse, l’A.P.E.S. continue de promouvoir la recherche en prenant appui sur les réalisations de ses membres. Bien que la recherche ne fasse pas partie de leur mandat, les Regroupements de pharmaciens experts et Groupes spécialisés de l’A.P.E.S. conçoivent une variété d’ouvrages qui peuvent toucher à cet axe de la pratique. Par exemple, dans les guides sur les recommandations du rôle du pharmacien d’établissement dans différents secteurs de pratique, comme en néphrologie, une section explicite le rôle du pharmacien en recherche9.

L’A.P.E.S. est également consciente du besoin de sensibiliser les décideurs et le grand public au rôle du pharmacien d’établissement, notamment en recherche. Une vidéo a été produite en janvier 2025 afin de mettre en lumière les contributions importantes du pharmacien d’établissement à cet axe de la pratique9. À terme, la formulation de recommandations sur le rôle du pharmacien d’établissement en recherche permettra aussi de mieux illustrer l’apport essentiel du pharmacien chercheur. De surcroît, si l’Association contribue au rayonnement des travaux de recherche de ses membres sur ses canaux de communication, sa baladodiffusion Trait pharmacien donne également la parole aux pharmaciens d’établissement afin qu’ils y partagent leurs projets innovants9.

Dans les établissements de santé, il est connu que les besoins des patients en soins pharmaceutiques sont non comblés. Par exemple, en 2024, 81 % des besoins des patients en hémodialyse n’étaient pas comblés à travers la province10. Dans ce contexte, l’affectation de pharmaciens à tous les axes de la pratique, dont la recherche, s’avère complexe. Puisque la recherche permet de faire progresser la pratique, de contribuer à l’usage optimal des médicaments et, au bout du compte, d’assurer de meilleurs soins aux patients, il est important d’y accorder les ressources requises et de ne pas la négliger. L’intégration des techniciens et stagiaires en pharmacie et du personnel de soutien représente une avenue potentielle pour atténuer quelques-unes de ces difficultés.

La recherche en pharmacie d’établissement, c’est l’affaire de tous!

L’engagement des pharmaciens d’établissement en recherche revêt une énorme importance. Malgré les enjeux qui persistent, le partage d’expériences en recherche permet d’en surmonter certains tout en favorisant l’entraide. Des réseaux d’échange, comme la communauté de pratique du soutien pharmaceutique à la recherche clinique, permettent de rassembler des pharmaciens impliqués en recherche et de discuter des bons coups et des leçons tirées de leur parcours. La création de la Direction des médicaments et des soins et services pharmaceutiques de Santé Québec pourrait aussi promouvoir des échanges accrus entre pharmaciens chercheurs de différents établissements afin d’améliorer l’efficience des pratiques et des opérations au sein du réseau de la santé et des services sociaux.

Tous les acteurs concernés, dont les établissements de santé, les facultés de pharmacie et les organisations en pharmacie, ont un rôle à jouer afin d’assurer et de pérenniser l’engagement des pharmaciens d’établissement en matière de recherche. Il demeure important que le temps, le soutien et les ressources nécessaires soient accordés aux pharmaciens afin que leurs contributions comme cliniciens chercheurs soient davantage soutenues et valorisées.

Financement

Aucun financement en relation avec le présent article n’a été déclaré par les auteurs.

Conflits d’intérêts

Tous les auteurs ont rempli et soumis le formulaire de l’ICMJE pour la divulgation de conflits d’intérêts potentiels. Ils sont tous les deux à l’emploi de l’A.P.E.S.

L’Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec s’assure de la valorisation et de l’avancement de la pratique pharmaceutique en prenant appui sur l’expertise, les initiatives et les réalisations innovatrices de ses membres. L’A.P.E.S. a également la responsabilité de défendre et de faire progresser les intérêts professionnels et économiques de ses membres auprès des autorités compétentes.

Références

1. Bussières JF, Guénette L, Leclerc V, Métras ME, Bergeron L, Méthot J. Quel est l’état de la recherche évaluative et de l’évaluation des pratiques professionnelles en établissement de santé? Pharmactuel 2024;57:75–7.

2. El Darsa G, Choquette R, Côté-Sergerie C, Bussières JF, Lebel D, Tanguay C. Recensement des ressources et des activités des pharmacies de recherche en établissement de santé au Québec. Pharmactuel 2024;57:13–23.

3. Marceau N, Li Lamoureux C, Cabot JF, To V, Adam JP. État de la recherche en pharmacie d’établissement de santé au Québec. Pharmactuel 2017;50:219–26.

4. Loi sur la gouvernance du système de santé et de services sociaux, RLRQ, c.G-1.021, art. 426–7 [en ligne] https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/lc/G-1.021 (site visité le 21 mai 2025).

5. Gaudreau S, Wisbaum A, Robert P, Cloutier I, Couture J, Beauchesne MF. Création d’un réseau de recherche sur la pratique des pharmaciens en néphrologie au Québec. Pharmactuel 2025;58:56–63.

6. Tisdale JE. La recherche réalisée par les pharmaciens d’hôpitaux : Une composante indispensable de la pratique quotidienne ou une attente irréaliste? Can J Hosp Pharm 2018;71:97–8.
Crossref  PubMed  

7. Shenton J, Fitzpatrick R, Gifford A. An exploration of hospital pharmacists’ attitudes and opinions towards undertaking research. Int J Pharm Pract 2023;31:206–17.
Crossref  PubMed

8. Couture J, Robert P, Beauchesne MF, Dallaire G, Lizotte A, Lafrenière JA et al. The real-world use of semaglutide to promote weight loss in obese adults with hemodialysis: A multicentre cross-sectional descriptive study. Can J Kidney Health Dis 2025;12:20543581251324588.
Crossref

9. Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. Nos réalisations. [en ligne] https://www.apesquebec.org/realisations (site visité le 1er mai 2025).

10. Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec. Le manque de pharmaciens nuit toujours aux soins dans les hôpitaux de Montréal et de l’ensemble du Québec. [en ligne] https://www.apesquebec.org/system/files/2025-02/APES_Effectifs_2024_National%20et%20Montr%C3%A9al.pdf (site visité le 1er mai 2025).


Pour toute correspondance : Matthew Hung, Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec, 4050, rue Molson, bureau 320, Montréal (Québec) H1Y 3N1 CANADA; Téléphone : 514 286-0776, poste 211; Courriel : mhung@apesquebec.org

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PHARMACTUEL, Vol. 58, No. 2, 2025