Jean-François Bussières1,2, Marie-Claude Racine3
1Professeur titulaire de clinique, Faculté de pharmacie, Université de Montréal, Québec, Canada;
2Pharmacien responsable, Unité de recherche en pratique pharmaceutique, Département de pharmacie, CHU Sainte-Justine, Montréal, Québec, Canada;
3Pharmacienne retraitée, ex-chef du département de pharmacie du CHU de Québec, Québec, Canada
Soumis le 11 septembre 2025; Accepté après révision le 3 novembre 2025
https://doi.org/10.63209/2025.1611
Les pays occidentaux s’intéressent plus que jamais aux dépenses en médicaments, tant dans le réseau ambulatoire qu’hospitalier.
Aux États-Unis, Tichy et coll. publient chaque année un profil des tendances dans ce pays1. Dans leur dernier article publié en juillet 2024, les auteurs annoncent que les dépenses globales en médicaments sur ordonnance devraient augmenter de 10 % à 12 % par rapport à 2023. En ce qui concerne les cliniques externes, une hausse est attendue de 11 % à 13 %, tandis qu’en établissements de santé, la hausse anticipée est comprise entre 0 % et 2 % par rapport à 2023. Bien que ces projections s’appliquent au marché américain, l’article de Tichy et coll. est un incontournable pour anticiper les tendances en dépenses de médicaments.
Au Canada, l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) a publié, en novembre 2024, son rapport sur les tendances des dépenses nationales de santé2. On peut notamment y lire que « les dépenses totales de santé devraient atteindre 372 milliards de dollars en 2024. (…) Les dépenses de soins de santé par personne se chiffrent à 8 119 $ CA par personne et comptent parmi les plus élevées à l’échelle internationale, derrière la Suède (8 314 $ CA) et la France (8 212 $ CA), mais devant l’Australie (8 073 $ CA) et la Nouvelle-Zélande (7 463 $ CA) ». En outre, les médicaments représentent 13,7% de l’ensemble des dépenses totales de soins de santé. Dans un second rapport, publié en mars 2024, l’ICIS dresse un portrait des données pancanadiennes sur les médicaments d’ordonnance3. Les auteurs indiquent que le prix des médicaments d’ordonnance au Canada figure parmi les plus élevés des pays à haut revenu et qu’il devrait continuer d’augmenter. En novembre 2024, le Conseil d’examen du prix des médicaments brevetés mettait en évidence le fait que « plus de 12 000 nouveaux médicaments faisaient l’objet d’essais cliniques en 2023, comparativement à 9000 l’année précédente. Le nombre de médicaments émergents augmente en moyenne de 19 % par année depuis 2019 ».
Au Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux a publié une mise à jour de ses comptes de 2022 à 20254. Les auteurs précisent que les dépenses prévisionnelles de santé et de services sociaux pour l’exercice 2024–2025 étaient de 63 477 millions de dollars. Ces dépenses incluent notamment les médicaments utilisés en établissements de santé et ceux remboursés en vertu du Régime général d’assurance-médicaments pour les patients inscrits à la Régie de l’assurance maladie du Québec.
Toutes ces données mettent en évidence une part importante des dépenses associées au domaine de la santé. Le médicament, considéré longtemps comme une fourniture, est une réelle technologie permettant de guérir, de prévenir certaines maladies et de soigner la population québécoise. Plus que jamais, le réseau de la santé profite de nouveaux médicaments mis en marché à un rythme inégalé. Les pharmaciens d’établissements de santé contribuent depuis plusieurs décennies au bon usage de ces médicaments dans le cadre des soins et services pharmaceutiques qu’ils prodiguent aux patients. La plateforme Impactpharmacie.org met en évidence plusieurs milliers d’articles décrivant la contribution remarquable des pharmaciens au bon usage et à l’optimisation des résultats de santé.
Saurons-nous financer adéquatement cette innovation? Sera-t-on en mesure de gérer avec cohérence l’innovation, l’inscription, la prescription, l’accès, la préparation, l’administration et l’utilisation de toutes ces thérapies?
Dans ce numéro, Therrien et coll. nous proposent une réflexion importante entourant les dépenses en médicaments en établissement de santé. Dans leur article, ils nous présentent une analyse de l’évolution des coûts de médicaments, du financement et les résultats d’un sondage sur les médicaments les plus coûteux utilisés en établissements de santé au Québec. Les auteurs proposent également des recommandations adoptées par la Table des chefs des départements de pharmacie du Québec. Avec la création de Santé Québec en décembre 2024 ainsi que les nominations récentes d’un vice-président à l’excellence clinique et d’une directrice des médicaments et des soins et services pharmaceutiques, nous pensons qu’il est opportun d’écouter les chefs de départements de pharmacie qui demeurent, au quotidien, imputables vis-à-vis la population.
Les auteurs n’ont déclaré aucun financement lié au présent article.
Les auteurs ont soumis le formulaire de l’ICMJE sur la divulgation de conflits d’intérêts potentiels. Jean-François Bussières est membre du comité de rédaction de Pharmactuel. Marie-Claude Racine n’a déclaré aucun conflit d’intérêts lié au présent article.
1. Tichy EM, Hoffman JM, Tadrous M, Rim MH, Cuellar S, Clark JS, et al. National trends in prescription drug expenditures and projections for 2024. Am J Health Syst Pharm 2024;81:583–598.

2. Institut canadien d’information sur la santé. Tendances des dépenses nationales de santé en 2024. Novembre 2024. [en ligne] https://www.cihi.ca/fr/tendances-des-depenses-nationales-de-sante (site visité le 5 septembre 2025).
3. Institut canadien d’information sur la santé. Portrait des données pancanadiennes sur les médicaments d’ordonnance. Mars 2024. [en ligne] https://www.cihi.ca/sites/default/files/document/pan-canadian-prescription-drug-data-landscape-report-fr.pdf (site visité le 5 septembre 2025).
4. Gouvernement du Québec. Ministère de la santé et des services sociaux. [en ligne] https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/sante-services-sociaux/publications-adm/rapport/RA_24-614-01W_MSSS.pdf (site visité le 5 septembre 2025).
Pour toute correspondance : Jean-François Bussières, Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, 3175, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal (Québec) H3T 1C5, Canada; Téléphone : 514 345-4603; Courriel : jean-francois.bussieres.hsj@ssss.gouv.qc.ca
PHARMACTUEL, Vol. 58, No. 4, 2025